Une plateforme pour planifier l’avenir énergétique du Gabon

Le Gabon entre dans une phase décisive de modernisation de son secteur de l’eau et de l’énergie. Malgré les progrès réalisés ces dernières années, le pays fait encore face à un manque de visibilité sur l’état réel de ses infrastructures et de ses projets. Les citoyens, les institutions et les investisseurs manquent d’accès à des données fiables, actualisées et consolidées.

Dans ce contexte, la proposition de mettre en place une plateforme publique nationale de suivi des projets eau-énergie apparaît comme une solution stratégique et concrète, capable de renforcer la transparence, d’améliorer la planification et de stimuler l’investissement.

Un constat partagé

Aujourd’hui, les informations sur les projets énergétiques et hydrauliques restent fragmentées. Le site du FGIS publie des annonces, mais rarement des informations d’exécution. Celui du Ministère de l’Énergie présente des actualités, mais aucun tableau de suivi. Le CNEE ne dispose pas encore d’un portail public, et le site de la SEEG est orienté vers les services clients.

Résultat : il n’existe pas de plateforme unique permettant de consulter en temps réel la liste des projets en cours, leur financement, leur taux d’avancement, les difficultés rencontrées ou leurs échéances de livraison. Cette situation freine la coordination institutionnelle et complique l’évaluation des politiques publiques.

Une solution : centraliser l’information et renforcer la gouvernance

La plateforme proposée serait un outil de gouvernance et de transparence, piloté par le Ministère de l’Accès Universel à l’Eau et à l’Énergie, en coordination avec la SEEG, le CNEE et divers partenaires techniques. Elle rassemblerait l’ensemble des données relatives aux projets en cours, achevés ou planifiés, dans les domaines de l’électricité et de l’eau potable.

En parallèle, cet outil s’inscrirait pleinement dans la politique énergétique nationale, dont les objectifs incluent :

  • la stabilité à long terme du secteur,
  • la sécurisation de la production,
  • la diversification du mix énergétique,
  • un meilleur suivi de la performance et des investissements.

Les forums sectoriels, mécanismes de concertation et échanges techniques déjà initiés par le ministère seraient consolidés par cette plateforme, qui offrirait une visibilité claire sur l’évolution réelle du secteur.

Exemple de projets concrets à suivre

La plateforme permettrait, par exemple, de suivre l’évolution de :

  • La centrale hydroélectrique de Ngoulmendjim (83 MW), l’un des plus grands projets structurants du pays,
  • La centrale hydroélectrique de Kinguélé Aval (35 MW), en phase d’achèvement,
  • La centrale bi-fuel de 100 MW à Akournam,
  • La turbine gaz de 50 MW à Port-Gentil,
  • Le programme structurant de 1 000 MW entre Libreville et la Ngounié,
  • La centrale thermique de 220 MW d’Owendo, financée par Afreximbank,
  • Ainsi que bien d’autres projets stratégiques essentiels à la sécurité énergétique nationale.

Une mise à jour régulière offrirait une visibilité sur l’évolution des chantiers, les points bloquants, les avenants contractuels et les coûts réels. Ce serait un outil de redevabilité et de planification, au service du gouvernement, des citoyens et des investisseurs.

Les fonctionnalités clés

La plateforme intégrerait un tableau de bord national regroupant l’état du secteur, les budgets engagés, les capacités installées et les taux d’avancement. Elle proposerait également une cartographie interactive permettant de visualiser les projets selon leur localisation. Chaque projet disposerait d’une fiche détaillée incluant le financement, la capacité, le calendrier, l’évolution des travaux et les éventuelles difficultés rencontrées.

Des indicateurs graphiques dynamiques présenteraient l’évolution de la demande en eau et en électricité, mais aussi les taux d’accès dans les régions du pays. Un espace dédié aux investisseurs mettrait en avant les zones à fort potentiel, les opportunités de partenariat public-privé et les besoins émergents. Enfin, un module de téléchargement permettrait d’accéder aux rapports officiels, aux études et aux bilans trimestriels du secteur.

Stress hydrique, déficit régional et planification du territoire

La plateforme pourrait également intégrer des données essentielles comme le stress hydrique, le niveau de production par rapport à la demande réelle, et l’évolution de ces indicateurs province par province. Ces informations permettraient d’identifier les zones en déficit d’eau ou d’électricité, les régions à risques, ainsi que les zones à fort potentiel de développement industriel.

Ces données pourraient être croisées avec celles du Ministère de la Planification, offrant la possibilité d’ajuster les stratégies de développement régional, d’anticiper les besoins industriels et urbains, et d’orienter les investissements de manière plus cohérente avec les réalités du terrain.

Les données, moteur de l’investissement

Les données fiables attirent les investisseurs. À chaque symposium, conférence ou mission professionnelle à laquelle je participe à l’étranger, la même question revient :

« Quelle est l’évolution de la capacité énergétique du Gabon dans les cinq ou dix prochaines années ? »

Les entreprises du secteur, qu’elles soient électriques, industrielles ou agricoles, ont besoin de visibilité pour planifier leurs implantations et leurs productions. Or, l’industrialisation exige de l’énergie, et la croissance urbaine exige de l’eau.

Selon les données de la Banque mondiale, environ 86,9 % de la population gabonaise avait accès à un service d’eau potable de base en 2022, ce qui signifie qu’environ 13 % des habitants, plus de 250 000 personnes, n’ont toujours pas accès à une eau sûre. Dans le domaine de l’électricité, la production annuelle avoisine 2 300 GWh, mais la demande nationale croît à un rythme supérieur à 3,4 % par an et les chiffres sont très loin des réalités actuelles de 2025.

Cette différence entre l’offre et la demande représente un levier d’investissement considérable. En donnant accès à des chiffres précis, la plateforme permettrait aux entreprises de repérer les zones déficitaires, par exemple à Lambaréné, Mouila ou Franceville, et d’envisager des partenariats ciblés pour y répondre.

Un outil de pilotage et de confiance

Cette initiative aurait aussi pour vocation de mieux coordonner les politiques publiques et d’éviter la répétition des retards observés sur certains chantiers. Trop souvent, un projet prévu sur deux ans s’étend sur quatre ou cinq ans, sans communication claire sur les causes des blocages. Avec une plateforme publique, les citoyens comme les institutions pourraient suivre les délais, les modifications contractuelles et les difficultés rencontrées, dans un esprit de transparence et de responsabilité partagée.

Ce projet s’intègre ainsi dans la vision de long terme d’un secteur énergétique et hydraulique stable, attractif et résilient, soutenu par des outils numériques modernes et par une politique de planification nationale cohérente.

Le Gabon dispose d’un potentiel exceptionnel dans le domaine de l’eau et de l’énergie. Pour transformer ce potentiel en moteur de développement durable, il faut aujourd’hui rendre la donnée accessible, lisible et vérifiable.

Une plateforme nationale de suivi des projets eau-énergie ne serait pas un simple outil administratif ; ce serait un instrument de transformation, un symbole d’efficacité et un levier d’attractivité pour le pays. En rendant les informations publiques, le ministère offrirait à la fois de la visibilité, de la confiance et une nouvelle dynamique d’investissement.

Un document détaillé de proposition et de conception de cette plateforme, incluant les aspects techniques, fonctionnels et institutionnels, est disponible et peut être fourni selon l’orientation et les besoins des décideurs ou partenaires concernés.

 Steven OBAME