DIgSILENT PowerFactory : Analyser et planifier les réseaux électriques - Interview

Lors de l’IEEE PES General Meeting 2025, j’ai eu l’opportunité d’échanger avec l’équipe de DIgSILENT, éditeur du logiciel PowerFactory, aujourd’hui reconnu comme l’un des outils de référence mondiale pour l’analyse des systèmes électriques.

Déployé en Europe, en Afrique du Sud, en Australie, mais aussi en Amérique du Sud, PowerFactory accompagne les gestionnaires de réseaux et les ingénieurs dans leurs études stratégiques et opérationnelles.

Un outil complet, du poste haute tension jusqu’au compteur

La grande force de PowerFactory est de couvrir tous les niveaux de tension, du 400 volts domestique jusqu’aux réseaux HVDC les plus complexes. Il permet de modéliser aussi bien des réseaux équilibrés que déséquilibrés, en intégrant la production, le transport et la distribution dans un seul environnement.

Contrairement à un système de supervision purement en temps réel, PowerFactory s’appuie sur une approche de planification et de simulation. L’outil permet de travailler à différentes échelles de temps :

  • À court terme, pour tester l’ajout d’un transformateur ou l’impact de nouvelles charges.

  • À moyen terme, pour prévoir l’évolution des besoins énergétiques avec les prévisions de charge et les données météorologiques.

  • À long terme, jusqu’à 20 ou 30 ans, afin de planifier l’évolution des infrastructures.

Intégration des énergies renouvelables et de l’hydraulique

Le logiciel n’est pas seulement un simulateur classique. Il intègre aussi les nouvelles réalités énergétiques :

  • Le photovoltaïque et les véhicules électriques, avec leurs impacts sur le réseau.

  • La modélisation hydraulique, incluant la gestion des apports d’eau, des barrages en cascade et du stockage, permettant une optimisation fine de la production hydroélectrique.

Simulation des protections et gestion des pannes

Un autre volet essentiel de PowerFactory est la sécurité des réseaux. Grâce à un audit de protection et à un assistant de coordination, l’outil simule des défauts tels que les coupures ou les courts-circuits, et propose les meilleures stratégies pour limiter l’impact sur les usagers.

Dans les réseaux de distribution, un module de fiabilité et un outil de gestion des pannes suggèrent les actions optimales pour rétablir l’alimentation le plus rapidement possible.

Pourquoi un tel outil est crucial pour le Gabon

Si l’on ramène cette réflexion au contexte gabonais, l’intérêt est évident. Aujourd’hui, nos outils de dispatching se concentrent uniquement sur la production, le transport et la distribution. La chaîne n’est pas analysée dans son ensemble :

  • La partie commerciale (jusqu’au ménage et à la facturation) reste déconnectée.

  • Les prévisions sont faites de manière indépendante : la distribution travaille sur ses extensions, la production sur son offre et sa demande, mais sans vision intégrée.

  • La simulation des pannes est inexistante à l’échelle nationale, alors que nous avons un taux d’interruptions normalisé (TIN) supérieur à 350 heures par an en moyenne, ce qui est très élevé par rapport aux standards internationaux.

Un outil comme PowerFactory permettrait de simuler le comportement du réseau à chaque point, de prévoir l’impact d’une panne et d’optimiser la réactivité pour réduire considérablement le temps de coupure. Dans un pays où les interruptions de service pèsent directement sur l’économie et la qualité de vie, disposer de telles simulations serait un pas décisif vers plus de résilience.

Au-delà de la technique, l’enjeu est aussi stratégique : anticiper les besoins futurs, planifier les extensions de réseau, optimiser la gestion de l’hydraulique et du solaire, et garantir une meilleure fiabilité des services jusqu’au consommateur final.

Cet échange avec DIgSILENT montre clairement que l’avenir de nos réseaux passe par des solutions de simulation globale et non plus par une vision fragmentée. Pour le Gabon, investir dans ce type d’outils, c’est investir dans la durabilité, la transparence et la performance de notre système énergétique.

 Steven OBAME